Transports parisiens : Delanöe patine
Lundi 19 décembre 2005
Une étude publiée la semaine dernière vient tirer les moustaches du maire de Paris, en égratignant sa politique des transports. Non seulement ses auteurs affirment que la vitesse des automobilistes a diminué entre 2000 et 2004, mais qu’en plus la pollution grimpé sévèrement.
Rémy Prudhomme, Pierre Kopp et Juan Pablo Bocajero ont frappé fort avec le rapport qu’il viennent de rendre public sur la politique menée par Bertrand Delanöe depuis le début de son mandat. Ils montrent dans leur étude combien l’usager parisien en vélo, en 4×4 ou en métro n’a absolument rien gagné depuis 2001, date à laquelle l’actuel maire de Paris a pris ses fonctions. Bien au contraire. Car si le système de péage londonien, que les auteurs connaissent bien, a coûté de lourds investissements, cela s’est répercuté positivement sur le porte-monnaie des usagers de bus mais aussi des automobilistes, car ceux-ci poireautent moins dans les embouteillages.
Pas de report modal
Cela vient essentiellement des objectifs du maire de Paris, selon les auteurs. Ils notent que "la politique engagée n’a donc pas été pro-transports en commun, elle a été anti-automobiles." Mais, si l’accro à la voiture francilien s’embourbe dans les bouchons, c’est une chose. Que les transports en commun n’en profitent pas, c’en est une autre. En effet, Prudhomme, Kopp et Bocajero constatent une stagnation de la fréquentation et de la vitesse (-2%) des autobus depuis 2000. Le métro s’en sort mieux, avec une petite hausse de 5% de fréquentation. Quant aux autres transports sur voies ferrées, les RER A et B prennent 17 points et le transilien 8.
On voit donc que la politique anti-voitures menée par la ville de Paris depuis 2000 n’a pas découragé les Parisiens de prendre leurs voitures, il n’a pas permis de "report modal" et n’a pas non plus permis aux usagers de transports en commun de bénéficier de tarifs à la baisse. Pire, elle a loupé son objectif de rendre Paris plus propre, puisque la ville a vu ses rejets polluants augmenter de 54 points, aveux d’un échec cuisant. Surtout quand les auteurs montrent que Londres a réussi à la diminuer d’un tiers grâce à son fameux péâge !
Le courroux parisien
De multiples arguments qui ont fait sortir le maire de Paris de ses gonds, affirmant dans Le Parisien que cette étude était commandée par l’Automobile Club, et qu’il ne souhaitait donc pas la commenter. De son côté, l’adjoint au maire de Paris chargé de l’environnement Yves Contassot a démenti les conclusions de l’étude dans un communiqué du 13 décembre, mettant en doute les données des auteurs. C’est un peu fort de café, quand on sait qu’Yves Contassot n’a commandé aucune étude à Airparif depuis 2000. Si cette étude n’a aucune valeur aux yeux de l’administration parisienne, elle a au moins le mérite d’apporter des éclairages là où beaucoup de zones d’ombre subsistent, et où il va falloir que la ville fasse des efforts.
Jean-Brice Sénégas
A lire : le rapport de Kopp, Prudhomme et Bocajero disponible au lien suivant
http://www.pierrekopp.com/contenu/etudes/Pol%20Paris%208.12.05.pdf
à consulter : le diagnostic de la municipalité sur le site de la ville de Paris
http://www.debatdeplacements.paris.fr/concertation/diagnostic.php
