Le réseau ferré français a besoin d’un coup de KARCHER
Le vice-président de la Commission des transports au parlement européen, Gilles Savary l’a rappelé cette semaine, la France a laissé le rail de côté pendant trop longtemps. Selon lui, le réseau français de trains est "dans un état de vétusté proche des infrastructures de certains pays d’Europe de l’est, comme la Pologne". Ce n’est pas gentil pour nos amis de l’Est, mais c’est surtout un cri d’alarme, dont la source est une étude faite pour le compte de la SNCF en septembre 2005, dont voici un extrait pessimiste : « Si la situation actuelle devait perdurer – les moyens alloués à la maintenance des infrastructures se réduisent de 3% par an en valeur constante – ne subsisterait à l’horizon 2025 qu’un tiers du réseau ferré national. »
Soit 10 000 km du réseau national encore en vie en 2025 si on continue à la vitesse actuelle d’abandon du train. Question : avec les 20 000 km de rail, on fait une nouvelle Tour Eiffel ?
L’autoroute ferroviaire entre Luxembourg et Perpignan pourrait voir le jour sous deux ans
« J’ai demandé la réalisation de la ligne Perpignan-Luxembourg sous deux ans. L’expérience sur une longue distance est indispensable » C’est le ministre français des Transports qui l’a annoncé à Sedrun, en Suisse, le 15 novembre dernier. Dominique Perben visitait alors le tunnel du Gothard avec ses homologues en charge des transports dans l’Arc alpin, où le transport de marchandises est si catastrophique sur le plan de la pollution.
Si elle est positive, cette annonce est à prendre avec des pincettes, car les finances ne sont pas encore réunies pour adapter la voie ferrée au ferroutage et élargir les tunnels au gabarit européen. Prudence, donc.
La décision a été prise cet été, le gouvernement va vendre les parts de l’Etat dans les autoroutes françaises.
On mesure facilement ce qu’on y gagne : 10 à 12 milliards d’euros, dont les caisses de l’Etat ont besoin. Mais ce qu’on y perd est assurément plus gros. Le financement de l’AFITF, le joker de Matignon pour développer les transports alternatifs, ferroviaires et maritimes,était assuré par le produit des péages. Il est donc aujourd’hui fortement remis en question.
Profitant de ce qu’une grande partie de la France bronze sur les plages, le premier ministre prend son courage à deux mains et sort, cet été, une décision lourde : il va vendre le patrimoine autoroutier français, c’est-à-dire les parts de l’Etat dans les Autoroutes du Sud de la France (ASF), Sociétés des autoroutes du Nord et de l’Est de la France (Sanef), et Autoroutes Paris Rhin Rhône (APRR). Chaque franc, puis chaque euros craché au bassinet des péages depuis 30 ans ont donc été inutiles ?
Désormais remboursés, les autoroutes vont être vendus à des opérateurs privés. De la gauche au centre-droit, c’est l’émoi : "on vend les bijoux de famille" entend-on à l’UDF de la voix de François Bayrou. La gauche, qui avait pourtant davantage privatisé sous le gouvernement Jospin que sous les deux gouvernements Balladur et Juppé réunis, conteste également la cession des autoroutes : "Avec la cession des autoroutes hors de toute procédure de marché ouverte aux épargnants, on affaiblit les capacités d’intervention de l’Etat, qui plus est en bradant le patrimoine des Français. Où est le patriotisme dans tout cela ?" renchérit le premier secrétaire du PS, François Hollande interrogé par RFI.
Et bradage il y a, puisque le Trésor Public attend entre 10 et 12 milliards de cette vente, un chiffre confirmé par le président UMP de la commission des Affaires économiques Patrick Ollier. Une fourchette ahurissante, quand on sait que les dividendes rapportés par les péages jusqu’en 2032 assuraient un revenu de 40 milliards d’euros [1] à un Etat mal en point.
Même Raffarin était contre
Pourquoi un tel gâchis ? Le manque à gagner est énorme, la question est donc légitime. Le gouvernement estime que les 12 milliards d’aujourd’hui égalent les 40 milliards de demain, selon le taux d’actualisation. Pourtant, même dans les rangs de l’UMP, on conteste ce chiffre. Il faudrait, selon le rapporteur général du budget Gilles Carrez, demander 22 milliards aux acquéreurs, soit 10 milliards de plus que prévu. Voilà pourquoi il y a bradage !
De plus, cet argent devait servir à bien des choses, notamment à alimenter les caisses du transport alternatif, par le biais de l’Agence de Financement des Infrastructures de Transports Français, l’AFITF.
A l’annonce de la vente, Dominique de Villepin parle d’un milliard d’euros qui reviendrait à cette agence, puis rectifie le tir quelques temps plus tard. Désormais, 4 milliards d’euros iront à l’AFITF, pour financer notamment la liaison ferroviaire du Lyon-Turin.
Le financement de l’AFITF est crucial
Cette agence doit assurer le financement public dans la construction et l’entretien des infrastructures de transport. C’est ainsi le seul organe capable de participer au développement du transport alternatif. Autrement dit, l’avenir du rail et du bateau repose sur ses épaules. Sortir peu à peu ces transports de l’ombre, et pourquoi pas désengorger le trafic routier, ce sera donc pour un autre jour. C’est en tout cas très compromis. Pour l’heure, le gouvernement a annoncé un nouveau plan de financement annuel de cette agence, grâce au produit de la Taxe d’Aménagement du Territoire (TAT), au produit de la redevance domaniale, aux amendes des radars et aux dotations de l’Etat. Mais le problème de la pérennité des ressources de l’AFITF se pose : tout son budget ne va pas passer dans le Lyon-Turin. Le groupe Transport Développement Inter-modalité et Environnement (TDIE) s’interroge sur les engagements de l’Etat, d’intervenir d’ici 2012 à hauteur de 12 milliards d’euros. Va-t-il honorer sa parole ?
A l’heure actuelle, il est urgent de privilégier les moyens de transport alternatifs. Pétrole cher, pollution structurelle, le gouvernement aura une tâche difficile. Cette opération de vente des autoroutes, non seulement coûte cher aux contribuables, puisqu’elle est sous-évaluée. Mais en outre, elle sert à prolonger le scénario du tout-routier.
Comment s’appelle le système gagnant-gagnant inversé ?